Les difficultés motrices dans l'autisme

La plupart des autistes - 87 %, selon les dernières estimations - présentent des difficultés motrices, allant d'une démarche atypique à des problèmes d'écriture manuscrite. Ces problèmes sont distincts des comportements répétitifs considérés comme une caractéristique de l'autisme. Et pourtant, malgré leur prévalence, les problèmes moteurs ne sont pas considérés comme une caractéristique essentielle de l'autisme, car ils sont également présents dans d'autres pathologies, comme le syndrome de Down, l'infirmité motrice cérébrale et le trouble déficitaire de l'attention avec hyperactivité.

Nous décrivons ici ce que les experts savent sur les causes, les caractéristiques et les conséquences des difficultés motrices, qui, selon eux, font partie des aspects les moins compris et les plus négligés de l'autisme. Ils appellent également les chercheurs à mieux évaluer les difficultés motrices chez les autistes et les cliniciens à traiter ces problèmes, notamment parce que les revers moteurs peuvent avoir des conséquences allant bien au-delà de la simple entrave au mouvement.

Quels types de problèmes moteurs les personnes autistes présentent-elles ?

Elles peuvent avoir des problèmes de motricité globale, comme une démarche maladroite et non coordonnée, et des difficultés de contrôle de la motricité fine, comme la manipulation d'objets et l'écriture. Certaines personnes peuvent avoir des difficultés à coordonner les mouvements entre le côté gauche et le côté droit du corps et entre les différents membres, ce qui rend difficile des actions telles que pomper les jambes sur une balançoire, sauter, sautiller ou sautiller. D'autres peuvent avoir un faible tonus musculaire et des problèmes pour maintenir leur posture ou leur équilibre. D'autres encore semblent avoir des difficultés à effectuer des actions nécessitant une coordination œil-main, comme attraper une balle ou imiter les mouvements d'autrui, et à planifier une série de mouvements ou de gestes, ce que l'on appelle la praxis. Ces difficultés peuvent aller de légères à graves et peuvent toucher n'importe quel système moteur du corps.

À quel âge les problèmes de motricité commencent-ils ?

Ils peuvent apparaître dès la petite enfance. Par exemple, les nourrissons de 1 mois qui seront plus tard diagnostiqués autistes ont tendance à moins bouger leurs bras que les nourrissons normaux. Vers l'âge de 4 mois, un enfant normal peut maintenir sa tête dans le prolongement de ses épaules lorsqu'il est tiré en position assise, mais un bébé autiste n'a souvent pas cette force et sa tête retombe en arrière. Et à 14 mois - âge auquel la plupart des enfants typiques sont capables de marcher - les enfants autistes peuvent encore être incapables de se tenir debout. Parmi les autres problèmes moteurs, on peut citer la difficulté à saisir des objets ou à s'asseoir, et l'absence de claquement de mains et de pointage.

Comment les problèmes moteurs sont-ils liés aux facteurs génétiques qui influencent l'autisme ?

Certaines mutations qui prédisposent les personnes à l'autisme peuvent également contribuer aux problèmes de motricité. Par exemple, chaque retard d'un mois dans le début de la marche augmente de 17 % les chances d'un enfant de présenter une mutation spontanée d'un gène de l'autisme, selon une étude de 20176. Et certaines formes "syndromiques" d'autisme - celles qui ont une cause génétique unique - incluent des problèmes moteurs particuliers parmi leurs caractéristiques déterminantes : Les personnes atteintes du syndrome de Phelan-McDermid ont souvent un faible tonus musculaire, et les enfants atteints du syndrome de dup15q ont tendance à avoir une démarche caractéristique.

Bien que les problèmes moteurs aient tendance à être plus graves chez les autistes présentant une déficience intellectuelle, ils peuvent toucher n'importe qui dans le spectre. Par exemple, les personnes autistes porteuses de mutations spontanées ont une probabilité accrue de problèmes moteurs, qu'elles aient ou non une déficience intellectuelle, selon une étude de 2018. D'autres études ont révélé que les enfants du spectre ont plus de problèmes moteurs que les témoins typiques appariés pour le quotient intellectuel. Certains chercheurs affirment que des problèmes moteurs particuliers peuvent aider à distinguer les formes syndromiques d'autisme des formes non syndromiques, mais cette idée reste à prouver.

Que pourrait-il se passer dans le cerveau ?

Les différences de connectivité entre les régions du cerveau pourraient contribuer à expliquer les difficultés motrices de certains autistes. Par exemple, les enfants autistes présentent une synchronisation réduite de l'activité entre leurs régions visuelles et motrices ; moins il y a de synchronisation, plus leurs déficits sociaux sont graves, selon une échelle standard. Leurs problèmes moteurs peuvent également provenir d'une moindre connectivité entre le lobe pariétal inférieur, une région impliquée dans la coordination œil-main, et le cervelet, qui aide à guider et à corriger les mouvements. D'autres preuves impliquent des connexions faibles entre les régions sensorielles et motrices et une activité atypique dans un réseau important pour la planification motrice.

Les personnes autistes semblent également ne pas tenir compte des informations visuelles et s'appuyer davantage sur la proprioception, c'est-à-dire le sens interne de la position de leur corps, que les personnes normales lorsqu'elles apprennent à utiliser un nouvel outil. Plus les personnes autistes se fient à la proprioception, plus leurs déficits sociaux sont graves, bien que les chercheurs ne sachent pas encore pourquoi.

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